Penser et agir pour l’entrepreneuriat en Afrique

Points de vue

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Quel financement pour le secteur privé en Afrique ? La place de l’investissement d’impact ?

Le secteur privé est un moteur de la croissance. Pourtant, les entreprises africaines, quelle que soit leur taille, souffrent d’un défaut de financement en particulier dans des zones où les…

Le secteur privé est un moteur de la croissance. Pourtant, les entreprises africaines, quelle que soit leur taille, souffrent d’un défaut de financement en particulier dans des zones où les financements traditionnels sont insuffisants. L’investissement d’impact serait-il une alternative possible ?

Les entreprises – grandes, moyennes ou petites – représentent l’un des principaux moteurs de la croissance économique. Elles participent activement à la création d’emplois, génèrent des revenus et contribuent au bien-être social et environnemental. Cependant, le secteur privé en Afrique fait face à un défaut de financement important, surtout dans les zones où les financements traditionnels sont insuffisants. C’est ici que l’investissement d’impact intervient comme une alternative prometteuse, surtout pour les entreprises ayant des retombées significatives sur leurs communautés.

 

L’investissement d’impact, un secteur mal défini

L’investissement d’impact apparaît comme une alternative récente au financement du secteur privé, notamment pour les entreprises engendrant de fortes retombées extra-financières sur leur communauté. L’investissement d’impact connaît une croissance à deux chiffres (14%) en 5 ans (2017-2022) en Afrique, mais reste un segment peu développé eu égard aux autres formes de financement. Il existe un réel engouement pour cette innovation financière, notamment de la part des bailleurs et des gouvernements. En dépit de cet intérêt, ce secteur reste largement méconnu. Dans une étude récente, la Chaire Investissement d’Impact de la Ferdi cherche à améliorer la connaissance de l’investissement d’impact en Afrique en publiant une cartographie de l’investissement d’impact en Afrique.

 

Spécificités et rôle dans le financement du développement

L’investissement d’impact est une forme d’investissement qui utilise des outils financiers classiques comme le financement par dettes ou par prise de participation par exemple. Sa spécificité réside dans l’orientation de son financement vers des entreprises qui génèrent des impacts extra-financiers élevés, qu’ils soient économiques (par exemple, création d’emplois indirects), sociaux (par exemple, amélioration de l’offre de soins) ou environnementaux (par exemple, solution de production d’énergie renouvelable). De même, il considère les entreprises n’ayant pas accès aux financements classiques tels les crédits bancaires, en raison de leur balance rendement-risque plutôt défavorable.

Les investisseurs d’impact jouent, à cet effet, un rôle crucial pour combler le manque de financement pour de nombreuses entreprises en Afrique.

Ils prennent le risque d’investir dans ces entreprises, à différentes étapes de son développement, en dépit d’un rendement pouvant être inférieur aux taux du marché. La contrepartie de cette rentabilité réduite et de ce risque accru est que les investissements fournis vont générer des impacts élevés pour la communauté. L’investissement d’impact permet à cet effet d’aider des entrepreneurs à lancer leur projet, à développer leurs produits, à renforcer leurs stratégies de marché et à pouvoir s’auto-financer. Un exemple emblématique est celui de la Laiterie du Berger (LDB), une entreprise sénégalaise ayant été financée par l’ investisseur d’impact I&P. Avec plus de 700 000 euros investis sur plusieurs années, I&P a soutenu LDB dès ses débuts, malgré des bénéfices initiaux modestes. D’autres investisseurs d’impacts l’ont, par la suite, accompagnée financièrement dans son développement. Aujourd’hui, LDB emploie plus d’un millier de personnes et participe à l’amélioration de la chaîne de valeur agricole, de la nutrition, des revenus et du PIB du Sénégal – démontrant l’importance de l’investissement d’impact et de ses acteurs dans le financement du développement.

 

Quelques données sur les investisseurs d’impact en Afrique

Sur le continent africain, les objectifs de génération d’impacts sont souvent basés sur la capacité à atteindre les Objectifs du Développement Durable (ODD) et à contribuer au plan de développement national des pays dans lesquels ils investissent, ce qui peut ne pas être le cas dans d’autres pays. Ainsi, les activités économiques des entreprises financées sont souvent liées à l’un ou à la plupart des 17 ODD.

En outre, compte tenu de leur double objectif – impact et rendement – les investisseurs d’impact cherchent à financer des secteurs leur permettant d’avoir un impact à l’échelle et un rendement financier possible et acceptable. C’est pourquoi les secteurs dans lesquels ils investissent en Afrique se concentrent sur l’agriculture, la finance et l’énergie. Ces trois secteurs répondent à cette double contrainte. Ces secteurs sont parmi les secteurs présentant un taux de croissance élevé sur le continent mais également les secteurs employant le plus d’actifs.

Le secteur agricole, par exemple, a une importance cruciale à la fois en termes économiques en employant plus de la moitié de la population active en Afrique (51,71% des emplois sur le continent africain est dans le secteur agricole, World Development Indicator), sociaux en raison de la pauvreté dans les zones rurales et environnementaux sachant que l’agriculture est à la fois le réceptacle et une solution aux défis environnementaux (changement climatique, biodiversité, pollution).

 

Cependant, la cartographie réalisée par la Chaire Investissement d’impact montre qu’une majorité des fonds d’investissement opérant en Afrique ont leur siège social en dehors du continent, principalement en Amérique du Nord et en Europe. Les fonds africains représentent à peine plus de 16 % de l’activité des fonds opérant sur le continent, avec une concentration notable dans quelques pays anglophones comme le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud. C’est également dans ces pays que la plupart des entreprises financées sont situées.

Le paysage de l’investissement d’impact en Afrique est par ailleurs dominé par des fonds de taille moyenne (de 1 à 250 millions USD), soit 54,5% des investisseurs d’impact identifiés sur le continent. Cependant, 80% des actifs sous gestion de l’ensemble de l’investissement d’impact en Afrique, de l’ordre de 108 milliards USD, sont gérés par quelques méga-fonds (au-delà de 1 000 millions USD) – représentant 7% des investisseurs dont trois sur dix-huit ont leurs sièges sociaux en Afrique (au Nigéria et à l’île Maurice), les quinze autres étant majoritairement européens.

 

Les défis de l’investissement d’impact en Afrique

L’investissement d’impact en Afrique fait face à plusieurs défis.

Premièrement, la déconnexion entre la nationalité des fonds et celle du pays et de l’entreprise dans lesquels ils investissent est la source d’un des défis des investisseurs sur le continent africain. Investir dans la monnaie locale de l’entreprise financée ou dans la monnaie des investisseurs est un des dilemmes qui se présentent à eux. Ce dilemme conduit souvent à un « désalignement des devises ». Les chocs du marché de la monnaie peuvent être un facteur bloquant pour l’allocation des fonds et peuvent servir d’argument de désistement pour les détenteurs de fonds et les institutions financières locales.

La difficulté à mesurer et démontrer l’impact réel de ces investissements est également un des défis majeurs de ce secteur en Afrique. En effet, ses impacts économiques sont plus élevés que ce que les données peuvent mettre en évidence – comme le cas de la LDB.

Pourtant, il est essentiel pour les investisseurs d’impact d’être en mesure de démontrer leurs impacts sur la communauté et contribuer ainsi à la construction de leur légitimité et crédibilité auprès des allocateurs de capitaux, qui sont majoritairement des fondations et des institutions financières de développement (IDF). Le manque de personnel qualifié et le coût élevé des systèmes d’évaluation expliquent en partie la difficulté des investisseurs d’impact à prouver leur crédibilité auprès de ces derniers afin de les soutenir dans leur levée de fonds. La lourdeur administrative liée à ces levées de fonds est également une des raisons pour lesquels on constate une diminution de la création de nouveaux fonds depuis le début du siècle. Cette problématique de ressources humaines s’explique par le caractère concurrentiel du marché du travail. Devant embaucher du personnel hautement qualifié, ils font face à la concurrence en raison d’une fourchette de salaires plus élevée chez les concurrents comme les IFD elles-mêmes, ou les agences de développement. Il est malheureusement difficile pour eux de s’aligner sur ces mêmes critères.

Un autre défi, concerne la difficulté de sortie due à la taille limitée de l’écosystème de l’investissement d’impact. Peu d’investisseurs qu’ils soient internationaux ou nationaux sont intéressés par le rachat de leurs parts. La vente de ces derniers dans les entreprises financées peut, de cette manière, s’étaler dans le temps, au-delà de la maturité définie au départ, et être un facteur dissuadant les investisseurs d’impact eux-mêmes.

 

En conclusion, pour bénéficier du plein potentiel de l’investissement d’impact, il est indispensable d’accroître le financement des fonds d’investissement d’impact locaux en simplifiant les procédures et en innovant pour attirer les investisseurs institutionnels. Accompagner son développement en mettant en place des mécanismes d’amélioration de la balance rendement-risque, notamment par le développement d’instruments spécifiques et de marchés secondaires, servirait de levier pour soutenir l’émergence de ce secteur. Enfin, il est important d’améliorer la qualité des fonds et leurs méthodologies de mesure de l’impact, en soutenant les équipes, en partageant les meilleures pratiques et mettant en place des incitations dédiées. La Chaire investissement d’Impact de la Ferdi aborde ces enjeux dans son agenda de recherche.

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Entretiens avec l’écosystème éducatif au sénégal : les impératifs à l’employabilité

Chaque année, le Sénégal voit émerger une cohorte de 200 000 jeunes sur son marché du travail, selon les données officielles du ministère de l’Emploi, de la Formation professionnelle de…

Chaque année, le Sénégal voit émerger une cohorte de 200 000 jeunes sur son marché du travail, selon les données officielles du ministère de l’Emploi, de la Formation professionnelle de l’Apprentissage et de l’Insertion. Pourtant, malgré cette abondance de main-d’œuvre potentielle, le chômage des jeunes reste une préoccupation majeure.

Cette réalité soulève une question cruciale : pourquoi cet écart entre l’offre et la demande d’emplois ? Et pourquoi tant de jeunes diplômés peinent-ils à trouver une place sur le marché de l’emploi ?

Au 21ème siècle, les métiers ont connu une évolution grandissante et continue, en exigeant des diplômés des qualités non seulement techniques mais surtout, d’être en mesure de faire preuve d’habiletés et d’attitudes personnelles et interpersonnelles : les soft skills.

Dans cet article, nous échangeons avec plusieurs acteurs de l’éducation, de la formation professionnelle et de l’entrepreneuriat au Sénégal,  sur l’actualisation des connaissances et sur l’importance de développer les soft skills dans une optique d’employabilité.

 

” Les compétences sur lesquelles sont formées les jeunes ne sont pas toujours adaptées aux besoins réels du marché du travail “

La formation des jeunes doit être alignée avec les besoins réels du marché du travail pour garantir une transition efficace de l’éducation à l’emploi.  Cet écart s’explique, d’une part, par le fait que l’on met trop l’accent sur l’acquisition de connaissances théoriques au détriment des compétences pratiques. Sur le court et moyen terme, ce décalage peut être comblé par un apprentissage sur terrain dès les premières années de formation, à travers des stages en entreprise ou des alternances. En second lieu, il y a le retard technologique : les avancées technologiques modifient constamment les exigences en matière de compétence et les programmes de formation ne sont pas actualisés assez rapidement pour suivre cette évolution.

– Florence Diob, Responsable du Financement du Fonds de Financement de la Formation professionnelle et technique

 

” Développer tout autant les Soft skills que les Hard skills “

La qualité de l’éducation s’est sensiblement améliorée, du moins du point de vue technique, mais l’employabilité exige que les apprenants développent les soft skills tout autant que les hard skills. Communiquer efficacement, résoudre des conflits, gérer les relations interpersonnelles… ces aptitudes peuvent s’acquérir dans un circuit de formation initial, mais également via des offres de formations continues et de courte durée. Travailler ces aspects-là permettent d’acquérir un ensemble complet de compétences qui sont nécessaires pour réussir et s’imposer dans un monde professionnel concurrentiel.

– Harouna Thiam, Responsable Formation-Insertion – Ministère de la Formation Professionnelle et Technique

 

” Enseigner et professionnaliser “

Il y a une différence notable entre enseigner, qui est le fait de transmettre des connaissances et des concepts, et professionnaliser, qui vise à préparer les apprenants dans un environnement professionnel en développant des compétences pratiques et applicables.

Nous proposons une formation école-entreprise, donc enseignement-professionnalisation, avec deux restaurants d’application et une pâtisserie afin de permettre aux étudiants d’être exposés à un environnement professionnel dès leurs parcours d’apprentissage. Depuis 2006, nous avons également mis en place des partenariats avec de grandes institutions hôtelières pour le recrutement de jeunes apprenants. Dans un futur proche, nous prévoyons également de créer une agence de placement pour nos sortants.

– Sidy Dieme, Directeur de l’Institut Les Marmitons[1]

 

” Une école entrepreneuriale “

Une grande majorité des cursus de formation apprennent aux étudiants comment effectuer un travail. Nous nous sommes donnés comme mission de leur apprendre à en créer. Les actions débutent depuis la première année de licence avec l’insertion du module entrepreneurial dans le programme de licence pour compléter les compétences managériales.

L’école entrepreneuriale se déroule sur 3 étapes :

  • En 1e année : Découverte de l’entreprenariat avec une idée de projet pour chaque étudiant ;
  • En 2e année : Les étudiants vont créer une mini entreprise ou scénario pour un service ;
  • En 3e année : création d’un business plan.

Nous nous concentrons spécifiquement sur le développement des compétences entrepreneuriales, des connaissances en gestion d’entreprise et des aptitudes nécessaires pour créer, gérer et développer une entreprise avec succès.

– Georges Ndeye, Directeur Général d’ISM Ziguinchor [2]

 

” Les économistes doivent faire une cartographie des besoins en termes d’emploi” 

Les grandes tendances du marché du travail peuvent s’anticiper. La cartographie des besoins en termes d’emploi est cruciale pour garantir une meilleure adéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travail, favoriser le développement économique, réduire le chômage et améliorer la productivité et la compétitivité des travailleurs et des entreprises.

D’un côté, les résultats de cette cartographie permettraient à un nombre plus conséquent de jeunes de mieux s’orienter dans le choix de leurs parcours académique, et préviendrait par la même occasion une potentielle pénurie de compétences.

– Mame Pemba Balde, HR Manager CRS Afrique de l’Ouest [3]

 

Le développement du capital humain pour les compétences d’adaptabilité et d’intégration dans un marché du travail en pleine mutation, souligne l’importance de repenser les stratégies éducatives. Les programmes de formation doivent désormais non seulement motiver les étudiants, mais aussi les préparer activement à leur future carrière en développant leurs soft skills.
Cette approche nécessite une réévaluation du rôle de la formation initiale, en mettant l’accent sur le renforcement de la confiance en soi, l’épanouissement individuel et le développement des compétences transversales à travers des stages et des immersions en entreprise.

En investissant dans le développement des soft skills, en adaptant les programmes éducatifs aux besoins du marché du travail et en favorisant la collaboration entre ces différents acteurs, le Sénégal peut créer un environnement propice à l’épanouissement professionnel de sa jeunesse et à une croissance économique durable.

 


[1] *Les Marmitons est un institut de formation aux métiers de la gastronomie, de l’hôtellerie et du tourisme au Sénégal. En savoir plus

[2] ISM Ziguinchor est un établissement d’enseignement privé installé à Ziguinchor depuis 2005. En savoir plus 

[3] CRS est une organisation humanitaire internationale, dont les objectifs comprennent la fourniture d’aide d’urgence, la promotion du développement économique et social, ainsi que le plaidoyer pour la justice sociale En savoir plus.

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Digitalisation et intégration professionnelle : réussir l’intégration numérique en Côte d’Ivoire

L’avènement du numérique a révolutionné notre manière de vivre, de communiquer, d’apprendre et, bien sûr, de travailler. Cette transformation est d’autant plus significative en Afrique, où les jeunes font face…

L’avènement du numérique a révolutionné notre manière de vivre, de communiquer, d’apprendre et, bien sûr, de travailler. Cette transformation est d’autant plus significative en Afrique, où les jeunes font face à des défis uniques mais aussi à d’innombrables opportunités dans leur quête d’intégration au marché du travail.  
 
Pour explorer ces dynamiques et les implications du numérique, nous avons rencontré des acteurs de l’écosystème éducatif africain en Côte d’Ivoire. Une série de témoignages qui attestent de l’importance grandissante que prend le numérique dans l’éducation, et de la nécessité d’accompagner ce mouvement. 

 

” D’utile à nécessaire, de nécessaire à indispensable “

En seulement quelques années, et encore plus depuis l’avènement du Covid, le digital est passé d’utile à nécessaire, et de nécessaire à indispensable. L’intégration professionnelle, l’accès à l’information, les interactions, ou tout simplement l’adaptation aux exigences contemporaines font que l’adoption de la composante numérique dans la quasi-totalité des cursus de formation est devenue absolument essentielle.  Le digital aujourd’hui permet aux jeunes de trouver une place dans ce monde en pleine mutation dans le sens où il facilite l’accès rapide à l’information et facilite l’apprentissage.

Dia Jean-Fabrice – Chargé des études à l’Institut Ivoirien de Technologie[1] 

 

” Former les formateurs ” 

La détermination des jeunes du continent à prendre le virage du numérique est évidente. Encore faut-il trouver un moyen de mieux les équiper. Premièrement, les équipements et matériel numériques restent difficilement accessibles pour le plus grand nombre. Par ailleurs,  il est essentiel d’investir dans la formation des formateurs, pour assurer une transmission adéquate des compétences numériques aux jeunes et favoriser leur intégration réussie dans un monde de plus en plus digitalisé. Enfin, il faut multiplier les opportunités où les jeunes pourraient mettre en application les compétences acquises à travers des stages en entreprises ou des alternances

Jean-Delmas Ehui – CEO chez ICT4Dev [2] 

 

” Une politique publique axée sur le numérique “

Outre les difficultés que représentent l’acquisition des matériels nécessaires et l’accessibilité des programmes de formation, l’une des barrières au développement numérique est le retard de mise en œuvre des politiques publiques en faveur du numérique, le manque de formation des formateurs, ainsi que l’absence de mesures incitatives pour les entreprises afin que ces dernières reçoivent les jeunes pour les stages pratiques.

Des changements sont nécessaires pour fournir un accès équitable aux ressources numériques et former les acteurs de l’éducation et de l’industrie : Financer l’achat de matériel et les infrastructures adéquates pour les établissements  ; encourager des collaborations entre les établissements d’enseignement et les entreprises du secteur numérique pour faciliter les stages et les opportunités d’apprentissage pratique ; élaborer des politiques fiscales avantageuses pour les entreprises investissant dans la formation des jeunes et le développement de compétences numériques ;mettre en place des programmes de formation continue pour les enseignants et les professionnels afin de rester à jour avec les dernières avancées technologiques et pédagogiques.

Jocelyne Mireille Desquith – Assistante du Coordonnateur Général du Programme Social du Gouvernement

 

” Partager ses idées et gagner en visibilité ” 

Le digital révolutionne la gestion de carrière professionnelle en offrant un éventail d’outils et de ressources accessibles à tout moment et depuis n’importe quel lieu… pour peu que votre zone soit couverte par le réseau internet.

Au-delà de cet aspect, le digital offre aux jeunes une plateforme pour faire entendre leur voix et influencer le changement social. À travers les médias sociaux, les jeunes peuvent partager leurs opinions, leurs expériences et leurs revendications avec une audience mondiale, les aidant ainsi à élargir leur impact et à mobiliser un soutien pour leurs causes, ou faire écho aux idées qu’ils partagent.

 – Achille Koukou – Directeur Général de Tg Master University [3]

 

La digitalisation offre un potentiel immense pour l’intégration des jeunes sur le marché du travail en Afrique. Cependant, des efforts concertés sont nécessaires pour surmonter les obstacles et exploiter pleinement ces opportunités, afin de créer un avenir prospère et inclusif pour tous les Africains. En mettant en œuvre ces mesures, l’Afrique peut réaliser son plein potentiel dans l’ère numérique, et offrir à sa jeunesse les outils nécessaires pour réussir dans un monde en constante évolution.

 


[1] L’institut Ivoirien de Technologies est un Institut bilingue français-anglais d’enseignement supérieur dédié aux technologies de l’information et de la communication, aux biotechnologies et à la gestion des affaires. En savoir plus

[2] ICT4Dev est une start-up spécialisée dans le développement et l’intégration de solutions numériques et technologiques au service des acteurs du secteur agricole. En savoir plus

[3] Tg Master est une école préparant à un double diplôme Bachelor (Français et Ivoirien) en Digital Management et en Business Management. En savoir plus

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Les PME africaines ont le potentiel d’être à la pointe du digital de demain

  Cela fait plus de 15 ans que j’accompagne des entreprises sur le continent dans leurs stratégies digitales et je crois fondamentalement au potentiel des PME africaines d’être à la…

 

Cela fait plus de 15 ans que j’accompagne des entreprises sur le continent dans leurs stratégies digitales et je crois fondamentalement au potentiel des PME africaines d’être à la pointe du digital de demain.
Pourquoi ?

Tout d’abord parce qu’il y a un retard technologique.

Quand on parle de digital en Afrique, le constat aujourd’hui reste que les usages sont encore limités. Seuls 36% de la population africaine étaient connectée en Janvier 2023. Les progrès technologiques sont freinés par des questions structurelles (manque d’infrastructures, faible connectivité internet, faiblesses des réseaux électriques), mais aussi des questions d’ordre sociétales (pouvoir d’achat limité, populations éloignées de l’écrit, etc.)
Mais ce retard technologique est, par bien des égards, une chance.

En effet, ce que l’on voit c’est que les derniers arrivés ont tendances à adopter directement les usages les plus avancés. Les nouveaux arrivant sur Internet vont par exemple immédiatement utiliser l’intelligence artificielle – déjà via la reconnaissance vocale sur leur smartphone – et cela leur semblera normal.

C’est ce qu’on appelle le Frogleap : Un saut de grenouille qui permet aux entreprises africaines de passer directement de l’artisanat à l’industrie Web 4.0 !

Deuxièmement parce que ces entreprises évoluent dans des contextes difficiles.

Enjeux politiques, économiques, sociaux, réglementaires, environnementaux : le contexte est souvent difficile pour les entreprises africaines – plus difficiles qu’ailleurs.
Ici encore c’est une chance ! Parce que l’innovation nait de la contrainte.

En effet, pourquoi changer quelque chose qui fonctionne ? Oui, on pourrait faire mieux, mais par essence personne n’aime le changement…
C’est le principal frein auquel se se heurtent les projets de transformation dans les entreprises françaises par exemple.

On connait tous la difficulté à faire changer des habitudes établies. Alors que face à un problème ou un blocage, on est prêt à tout pour trouver une solution.

L’exemple le plus flagrant est le cas du mobile money qui représente plus de 36 milliards de transactions en Afrique subsaharienne – contre seulement 300 millions en Europe et Asie Centrale (source : GSMA 2021).
Pourquoi est ce que ces usages peinent à décoller en Europe et en Asie Centrale ? Parce que le marché est déjà équipé de cartes bancaires et que de fait, si le paiement mobile apporte un plus, il ne vient pas répondre à une vraie tension.

Intéressant de voir ici d’ailleurs comment ces innovations impactent la manière de mesurer le niveau de développement d’un pays – Avec le mobile money par exemple, le taux de bancarisation n’est plus forcément aussi représentatif …

Enfin parce que les PME Africaines sont souvent des structures jeunes aux moyens limités

Aussi surprenant que cela puisse paraître, cela peut aussi être une chance pour le digital.
En effet, la digitalisation n’est plus aujourd’hui tellement une question de budget, mais plus une question de culture.

L’essor du no-code a démocratisé l’accès à la digitalisation pour les entreprises.

Des applications telles que Notion ont permis à des entreprises comme Sayna, à Madagascar, de digitaliser l’ensemble de leur process sans nécessiter d’expertises techniques particulières ou de budgets importants.
Les médias sociaux permettent eux de toucher facilement une audience locale et internationale.
De plus, il est plus facile pour des structures jeunes et plus petites de tirer partie du digital.
Plus agiles que les grands groupes aux pratiques établies, elles peuvent faire évoluer leurs outils et pratiques pour mettre en place de nouvelles méthodes de travail plus adaptées.

Une capacité d’adaptation qui est une réelle force dans un contexte de fortes incertitudes, notamment sur les sujets énergétiques et climatiques.

Autant de raisons pour les PME Africaine d’embrasser avec confiance une transformation digitale qui peut être un vrai levier de développement.

ll est important cependant de garder à l’esprit :

L’humain : Le digital ne doit pas venir remplacer, mais bien “augmenter” l’humain. Il s’agit de ne pas penser le digital pour le digital, mais pour apporter une valeur ajoutée. Et ainsi améliorer, simplifier, fluidifier des relations avant tout humaines, que ce soit à l’intérieur des entreprises ou avec leurs clients et partenaires. Il est intéressant à ce titre de voir dans les interfaces numériques l’importance croissantes des usages conversationnels qui sont celles qui sont les plus proches des interactions humaines (ex. WhatsApp ou ChatGPT)

Les spécificités africaines : Il s’agit d’une part d’assurer une meilleure représentation des réalités du continent dans les différents outils digitaux. En effet la réalité proposée en ligne dans les résultats de Google, sur les médias sociaux, ou encore dans les productions images ou textes générées par les Intelligences Artificielles sont le miroir des contenus disponibles en ligne – contenus qui sont avant tout américains, asiatiques, européens ..- Il s’agit pour cela d’encourager la production de contenus Africains afin que les spécificités du continent soient elles aussi prises en compte dans le futur.

Et d’autre part, alors que les principaux acteurs du digital aujourd’hui sont américains ou chinois, il faut éviter que la digitalisation ne crée des relations de dépendances trop fortes pour les pays. Une question que l’Afrique partage avec bien d’autres géographies !

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Résilience et adaptation en période d’insécurité : le renouveau du Mali passera par le secteur privé (2/2)

Les récentes crises et les vulnérabilités structurelles qui en découlent ont considérablement diminué la capacité des pays du Sahel, déjà historiquement très faible, à attirer l’investissement. À titre d’exemple, après…

Les récentes crises et les vulnérabilités structurelles qui en découlent ont considérablement diminué la capacité des pays du Sahel, déjà historiquement très faible, à attirer l’investissement. À titre d’exemple, après un record historique de 860 millions USD en 2019 (5% du PIB), les investissements étrangers directs vers le Mali (entrées nettes)  ont drastiquement chuté pour n’atteindre que 252 millions en 2022 (1,3% du PIB). 

Peu priorisé dans un contexte sécuritaire fragile, le développement du secteur privé joue pourtant un rôle central pendant et après les situations conflictuelles. L’expérience a démontré que le secteur privé demeure actif même en période de conflit et qu’il est capable de s’adapter pour surmonter les chocs systémiques.

Dans cet entretien, Mohamed Keita, entrepreneur malien, Directeur et Co-fondateur de Zira Capital, entreprise créée en 2022 et dédiée au financement et à l’accompagnement des start-ups et PME au Mali, partage son expérience de levée de fonds et plaide pour la nécessité de continuer de soutenir le secteur privé malgré un contexte sécuritaire et socio-politique difficile.

 

Entreprenante Afrique : Pouvez-vous faire un état des lieux de la situation entrepreneuriale au Mali ?

Mohamed Keita : Depuis une dizaine d’années, l’économie malienne a été impactée par les effets combinés de la crise sécuritaire et les crises politico-institutionnelles. Nous restons très attentifs face à l’évolution de la situation et notre souhait en tant qu’entrepreneur est bien sûr de retrouver rapidement un environnement des affaires stable.

Malgré ce contexte difficile, malgré les défis, nous observons que les entrepreneurs arrivent toujours à créer des opportunités localement. Ils développent des projets et des biens qui satisfont les besoins locaux. Ils créent et maintiennent des emplois qui font vivre des milliers de ménages et qui stimulent par la même d’autres aspects de l’activité économique. 

Les entreprises maliennes font preuve d’une résilience exceptionnelle mais ont besoin de partenaires stratégiques pour les accompagner,  ce sur le plan financier et extra financier. C’est la raison pour laquelle, avec d’autres acteurs (la BNDA, Investisseurs & Partenaires et un certain nombre de particuliers), nous avons entrepris de lancer le fonds Zira Capital. L’objectif est d’accompagner ces petites entreprises locales à travers des mécanismes de financement et des outils adaptés à leur projet de développement.

 

Lever un fonds pour soutenir l’entrepreneuriat dans un pays qui présente autant de risques n’est pas une mission évidente… Quel a été votre discours envers les financeurs ? 

M. K.: Le modèle de Zira Capital, fonds co-créé par ou avec des acteurs locaux pour financer des entreprises locales en capital, est un modèle qui a déjà été mis en place et commence à faire ses preuves dans d’autres pays africains, dans d’autres pays de la zone Sahel, notamment au Burkina Faso et au Niger. Par contre, c’est un dispositif inédit dans l’écosystème entrepreneurial malien. 

L’initiative a été bien accueillie, et a suscité de l’enthousiasme auprès des entrepreneurs maliens. Avant même la création officielle de la société de gestion, nous avions pu constituer un pipeline de projets de qualité. Nous avons constitué une base de donnée d’entreprises à fort potentiel dans des secteurs variés, des secteurs en lien avec les besoins fondamentaux de l’économie malienne : l’agroalimentaire qui participe à hauteur de 45% à la formation du PIB et occupe 80% de la population, mais aussi dans l’énergie, les services essentiels, la santé et l’éducation. 

Notre principal argument pour convaincre sur la nécessité de créer notre dispositif de financement a d’ailleurs été ce pipeline constitué d’entrepreneurs de qualité, ancrés dans le pays et dont les besoins ont été clairement identifiés.

Investir dans un pays comme le Mali implique bien évidemment de prendre un certain degré de risque. Mais des mécanismes peuvent être mis en place pour les limiter. Durant la levée de fonds, qui a durée plusieurs années, nous avons fait face à de nombreux défis. Nous avions identifié énormément de partenaires potentiels notamment certaines filiales de multinationales avec qui les discussions étaient arrivés à un stade avancé, mais dont les enthousiasmes se sont peu à peu calmés eu égard de l’évolution de la situation politique. Ce qui est compréhensible à partir du moment où un certain degré de sécurité de l’investissement ne peut plus être garanti. 

Mais fort heureusement pour nous, la grande majorité des investisseurs identifiés dès le début du projet ont maintenu leur confiance en nous et notre projet et nous ont accompagnés dans notre premier closing en 2022. 

“Investir dans un pays comme le Mali implique de prendre un certain degré de risque, mais des mécanismes peuvent être mis en place pour les limiter.”

 

Les pays du Sahel ont reçu une aide publique significative de la communauté internationale ces dernières années, pour un bilan mitigé. Faut-il repenser l’aide publique au développement au Mali ? Et en quoi l’investissement dans les PME représente  une alternative plus efficace/impactante ?

M.K. :  En 2021, le Mali a reçu 1.42 Milliard USD d’aide publique au développement. Ce qui représente une ressource importante pour le pays de manière générale. Je ne dirais pas que l’aide est inopportune, mais que ce dispositif doit être davantage fléché sur des acteurs terrain, notamment les entreprises privées. Certaines approches historiques de l’aide publique ont montré leurs limites. Et il s’agirait de déployer des mécanismes innovants et des moyens plus conséquents pour permettre aux institutions publiques de financement du secteur privé (DFIs) d’être plus présentes, plus rapides et plus performantes. 

Je fais partie de ceux qui sont convaincus que le développement de nos États, notamment des États fragiles comme le Mali, passera forcément par le développement d’un tissu de petites et moyennes entreprises. Et un moyen efficace de le faire serait de faire le pari de mettre davantage de ressources à la disposition de ces entreprises-là, surtout des ressources qu’elles ont du mal à mobiliser localement. 

“Je fais partie de ceux qui sont convaincus que le développement de nos États, passera par le développement d’un tissu de petites et moyennes entreprises. Les dispositifs d’aide publique au développement devraient être davantage fléchés sur ces PME.”

Ce qu’il faut noter, c’est que le tissu entrepreneurial malien est très vivant. Il y a une forte effervescence, il y a de plus en plus de personnes qui se lancent. Des personnes plutôt jeunes, qui apportent des solutions nouvelles, qui  développent des services de qualité, qui arrivent à lancer des projets. Ceci fait naître une note d’espoir dans le tableau général du pays qui est quand même assez compliqué, avec une crise sécuritaire et une instabilité politique qui perdurent depuis une dizaine d’années. Pour ma part, je fais partie de ceux qui font le pari que le renouveau du Mali viendra en grande partie du secteur privé.

 

Aller plus loin : dans la série “Résilience et Adaptation”, découvrez l’article de Maïmouna Baillet,“Le combat des entrepreneures nigériennes”.

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Résilience et adaptation en période d’insécurité : le combat des entrepreneures nigériennes (1/2)

La femme nigérienne a de tous temps brillé par sa résilience, par instinct de survie dans un environnement aride et hostile.  Si les écrits, dans une histoire africaine traditionnellement orale,…

La femme nigérienne a de tous temps brillé par sa résilience, par instinct de survie dans un environnement aride et hostile. 

Si les écrits, dans une histoire africaine traditionnellement orale, sont relativement récents, ils commencent dès la fin du 19e siècle à nous vanter le courage d’une reine guerrière, figure de la résistance face aux colons – Sarraounia Mangou. De 1960 à 1974, le Niger refait parler de lui à travers sa première « Première Dame », Mme Aïssa DIORI, qui charme, certes, par sa grande beauté, mais surtout par son charisme inégalé et son intelligence rare. Ainsi, « son prestige rayonne à travers le monde. Côtoyant les grands de ce monde (Elisabeth II, Haïlé Sélassié, Nasser, De Gaulle, Johnson…), Madame Diori impose respect et admiration. Aux côtés de son époux, elle entamera, sans bousculer, l’émancipation féminine par le travail et la rigueur, dans cette région afro-musulmane. » Elle a tant et si bien incarné la résilience. Tant dérangée, qu’elle a été personnellement visée et mortellement touchée lors du coup d’Etat de 1974.

En 1992, le Niger instaure, en plus du 8 mars qui est mondialement célébré, une journée de la femme nigérienne, afin d’honorer cette résilience. En effet, suite à la marche historique de 1991 des femmes pour réclamer une plus grande représentativité au sein de la commission préparatoire de la Conférence Nationale Souveraine, le 13 Mai symbolise désormais la journée de la femme nigérienne instituée par décret présidentiel.

 

Ceci étant dit, rappelons quelques aspects de cet environnement hostile. Bien que représentant 50,60% de la population, les femmes affichent le taux d’analphabétisme le plus élevé, atteignant 78%  (contre 60% pour les hommes) et sont également les plus pauvres. En effet, quatre pauvres sur cinq sont des femmes, coulant sous le poids des barrières socioculturelles et économiques telles que la dépendance matérielle, caractérisée par un faible pouvoir de décision, une pénibilité des travaux et un difficile accès aux services de base. Une dépendance financière se traduisant par une monétisation faible, un accès  laborieux aux connaissances, aux emplois et aux ressources productrices.

Le Niger détient deux tristes records, impactant tous les deux les femmes : le plus fort taux de fécondité au monde (6,2 enfants par femme en 2021 vs 7,6 en 2012) et le plus fort taux de mariages précoces : 77% de nos filles sont mariées avant 18 ans et 28% avant 15 ans. Et il ne s’agit là que des chiffres officiels… beaucoup pensent que la réalité est encore plus alarmante.

Dans ce contexte, les femmes ont très vite compris que la solidarité – qui rejoint le concept en vogue de sororité – était leur seule option et les entrepreneures ne font pas exception à cette tendance.

 

Culturellement, elles sont cantonnées à un type de métiers “acceptables” pour des femmes : la couture, l’esthétique, la transformation agro-alimentaire ou la commercialisation de fruits et légumes et la cuisine qui sont également des secteurs à faible marge, à faible revenu. Et avec de faibles barrières à l’entrée, la concurrence y est donc importante, et les activités y sont souvent informelles.

Dans les villes, elles dirigent ou s’investissent dans des TPE et des PME. Elles cumulent les initiatives et les emplois. Lorsqu’elles ont eu accès à une formation, elles conservent leur emploi salarié et développent leur TPE en parallèle. L’insécurité ne les affecte pas beaucoup, elles aménagent simplement leurs horaires et prennent des précautions pour éviter les zones dangereuses à la périphérie. 

Dans les zones rurales, elles exercent des activités génératrices de revenus. Dans les villages, les femmes s’occupent traditionnellement des cultures maraîchères, de l’élevage de volaille et de petits ruminants. Ces revenus leur permettent de contribuer à prendre en charge la famille. Avec l’insécurité, les pillages et les agressions ont privé nombre d’entre elles de revenus, entraînant une hausse des prix sur les marchés et une paupérisation de communes entières. La migration forcée, l’exode rural et les pertes des pères de famille et des fils au front, ont augmenté la vulnérabilité des femmes rurales et les violences basées sur le genre. 

Toutefois, depuis 1992, elles s’organisent en Union. Il s’agit d’une association ou structure de femmes qui ont décidé volontairement de se regrouper pour défendre des intérêts communs, mais surtout construire leur autonomisation financière à travers des tontines – le plus souvent 100% féminines. L’insécurité a renforcé davantage cette solidarité. 

Le système financier s’est également adapté et propose de plus en plus des produits à ces groupements, qui accèdent ainsi à l’épargne puis au crédit, et peuvent s’affranchir de la garantie ou de la caution qui leur était donnée par un homme. La dématérialisation des tontines traditionnelles permet également de lutter contre les pillages et de sécuriser les avoirs de ces unions de femmes. 

Rurales ou urbaines, les entrepreneures nigériennes s’organisent, construisent et poursuivent leur résilience. Des groupes dédiés aux entrepreneures se créent sur les réseaux sociaux, des associations professionnelles également, ainsi que des incubateurs exclusivement dédiés aux femmes. Une institution de microfinance, la MECREF, a fait le pari depuis plus de 20 ans de s’adresser à une clientèle constituée à 100% de femmes. En effet, au Niger comme dans le reste du monde, les études montrent que les entrepreneures sont de meilleures payeuses que les hommes. 

“Rurales ou urbaines, les entrepreneures nigériennes s’organisent, construisent et poursuivent leur résilience.”

 

Il n’en demeure pas moins que la situation reste critique dans de nombreuses régions. Depuis le début de l’année 2023, selon les chiffres officiels, environ 670.000 déplacés forcés ont été recensés au Niger, dont 52% sont des femmes.

Les femmes nigériennes auront un rôle de plus en plus important à jouer dans la reconstruction de la paix au Niger. Souvent, les familles de militaires se retrouvent seules avec des femmes à leurs têtes. Et comme ce que l’on a pu observer lors des grandes guerres mondiales en Europe, les femmes sont tout à fait capables de maintenant prendre la tête de ces familles là et de pouvoir avoir une activité économique génératrice de revenus qui va prendre en charge la famille. 

Leur résilience est encore mise à l’épreuve suite au Coup d’État du 26 juillet 2023. Les sanctions pèsent sur les ménages et sur les femmes en particulier, notamment la hausse des prix des denrées alimentaires. Les Nigériennes appellent davantage à la paix et au recours à une sortie de crise diplomatique mais se passionnent également pour cette page historique que le pays tout entier écrit désormais.

“Leur résilience est encore mise à l’épreuve suite au Coup d’État du 26 juillet 2023”

 

Ainsi, plus que jamais, l’autonomisation des femmes participe au développement économique et doit être une priorité. Cela a un impact plus important au niveau de la santé, au niveau de l’éducation et au niveau du développement économique en général. Et le fait qu’elles s’impliquent davantage et que nous puissions les accompagner davantage aura un impact sur la sécurité de manière transversale et de manière localisée.

Aller plus loin : dans la série “Résilience et Adaptation”, découvrez l’article de Mohamed Keita,”Le renouveau du Mali passera par le secteur privé“.

 

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3 pistes essentielles pour l’agenda du développement des 30 prochaines années

Le 22 Mai 2023, une journée passionnante de débat a été organisée par la Chaire architecture du financement international du développement et la chaire impact de la FERDI. Elle a…

Le 22 Mai 2023, une journée passionnante de débat a été organisée par la Chaire architecture du financement international du développement et la chaire impact de la FERDI. Elle a rassemblé une vingtaine de chercheurs, d’investisseurs, d’entrepreneurs et de dirigeants d’institutions de développement, africains et internationaux. Que retenir de ces travaux ?

L’actualité du débat sur l’architecture des financements internationaux remet sur le devant de la scène la question de la contribution au développement du secteur privé et des financements privés.

Quelle que soit la manière dont on prend le problème, pour parvenir à répondre aux défis des décennies à venir, il faut que le taux d’investissement augmente. C’est tout particulièrement le cas dans les pays pauvres et fragiles, qui sont l’attention prioritaire de tous. La raison en est double : leur croissance démographique d’une part, avec ses implications liées à l’éducation, la santé, l’équipement des territoires, la mobilité, la réponse aux défis sociaux ; le changement climatique d’autre part, avec notamment le défi de l’adaptation. Evidemment, les investissements publics seront indispensables. L’aide publique au développement aussi. Mais il faut aussi que les investissements privés croissent, et que les financements privés en fassent autant.

Il y a en pratique au moins trois séries de sujets différents.

Premièrement, il est souhaitable que les États des pays pauvres et fragiles se financent davantage auprès des banques et sur les marchés, le tout de manière saine et responsable. La période actuelle voit les risques de surendettement croître, notamment en Afrique. Revenir sur cette question est indispensable. La mise en place d’un mécanisme commun et global de coordination en matière de dette est le sujet central, comme le renforcement de la capacité de surveillance du FMI. Le « cadre commun » du G20 amorce ce processus politiquement complexe.

Pour parvenir à répondre aux défis des décennies à venir, il faut que le taux d’investissement augmente

Deuxièmement, il est également souhaitable que plus d’investissements directs étrangers s’orientent vers ces mêmes pays. Le besoin est prioritaire en matière d’infrastructures : le secteur privé productif comme financier national est rarement à l’échelle de la complexité et de la taille des opérations, même s’il peut progresser. L’essentiel se joue à l’échelle des pays mêmes : nous avons besoin de meilleures politiques nationales et de plus de projets. C’est pourquoi les préconisations les plus adaptées concernent la manière d’améliorer les premières, en leur permettant d’accueillir davantage les investisseurs privés, et de renforcer les capacités des administrations, s’agissant des seconds. Les Institutions de Développement peuvent aussi devenir plus proactives pour aider à la fabrication des projets. Il faut également rassurer les investisseurs internationaux face aux risques souverains : améliorer l’accès aux instruments de garantie (comme MIGA, L’Agence multilatérale de garantie des investissements) et permettre aux institutions publiques de financement du secteur privé (DFIs) d’être des partenaires plus rapides et performants. 

Troisièmement, renforcer l’émergence entrepreneuriale et la croissance des PME de ces pays pauvres et fragiles est une priorité de tout premier ordre. Quelles que soient les aides et les garanties dont on pourrait faire bénéficier les grandes entreprises internationales ou les grands investisseurs institutionnels, ces pays sont en effet trop petits et trop complexes pour pouvoir les intéresser autrement qu’à la marge. C’est donc, contrairement à ce qui se passe pour les infrastructures, il faut se situer au niveau du secteur privé local. Celui-ci est en effet lacunaire, fragile, et de très petite taille.

Renforcer la dynamique entrepreneuriale des pays pauvres est possible. Une vingtaine d’années d’expériences et de pilotes ont dégagé des expériences convaincantes, dans un contexte où la volonté d’entreprendre est très grande. Ici, les projets ne manquent pas !  

L’agenda d’aujourd’hui est donc celui du passage à l’échelle.

L’agenda d’aujourd’hui est donc celui du passage à l’échelle. Il faut, en premier lieu, appuyer les entreprises naissantes en renforçant les dispositifs d’accélération, d’incubation et de pré investissement. En second lieu, il faut créer, dans autant de pays que possible, des fonds privés ou des sociétés privées d’investissement apportant des capitaux longs, et du renforcement de capacité, aux petites entreprises en structuration. En troisième lieu, des fonds régionaux sont nécessaires pour financer l’expansion et le renforcement de capitaux des sociétés qui deviennent trop importantes pour être financées au niveau national mais ne peuvent encore accéder, par exemple, aux fonds d’investissement commerciaux. À tous les étages, le renforcement des capacités technologiques et managériales est primordial.

Il y a cependant deux points importants, s’agissant de ce dernier agenda, qui sont trop souvent sous-estimés. 

D’abord, l’épargne nationale est encore trop faible pour pouvoir financer cet effort d’investissement en capital. Par ailleurs, comme nous l’avons dit, l’épargne internationale ne peut vraiment se mobiliser aisément en leur direction. Nous avons donc besoin des financeurs publics, nationaux et internationaux, pour ajouter à l’investissement privé national. C’est pourquoi la mobilisation des fameuses DFIs, comme des agences d’aide publique, est indispensable. 

Ensuite, même si les sociétés privées qui sont financées sont très rentables, et apportent une valeur sociétale considérable, les investisseurs dans ce domaine peuvent rarement atteindre des niveaux de retour correspondant à des attentes de marché. En effet, il est difficile de pouvoir valoriser les petites sociétés africaines, par exemple, à des niveaux équivalents à ceux de leurs sœurs européennes. Les investissements dans ces petites sociétés sont aussi grevés par des frais de gestion élevés, une fiscalité parfois lourde, et des pertes de change, sans parler d’une sinistralité, qui, sans être très élevée, vient quand même s’imputer sur les résultats. Il faut donc que les investisseurs publics acceptent des retours financiers bas, qui se justifient par les retours fiscaux et sociétaux très élevés. Ils doivent aussi accepter, s’ils veulent attirer des investisseurs privés, de leur apporter des garanties ou autres éléments de rehaussement de rendement.

Il s’agit donc d’un agenda qui a un coût budgétaire.

Il s’agit donc d’un agenda qui a un coût budgétaire. Mais ce coût, comme différents travaux le montrent, est modeste au regard du PIB et des gains sociétaux générés. Encore faut-il que les DFIs, par exemple, aient la capacité de soutenir cet effort. Jusqu’à présent, ceci n’a pas été leur mandat. Il faut qu’il le devienne, et que leur modèle économique leur permette de le soutenir. Il revient à leurs actionnaires publics, c’est-à-dire les gouvernements de l’OCDE et de la Chine, d’agir en ce sens. Il faut aussi que les agences d’aide acceptent l’idée que d’engager des fonds publics dans le secteur productif. C’est une barrière idéologique, et parfois de savoir-faire, importante à franchir pour certaines d’entre elles. Il est nécessaire d’investir dans le cadre conceptuel et la justification économique et d’impact pour les rassurer et les convaincre.

Il y a très peu de grandes, et de moyennes entreprises en Afrique. La plupart des grandes entreprises africaines de 2050 ne sont pas encore nées. Accélérer leur naissance, diminuer leur sinistralité pendant la période de leur croissance, rendre leur expansion plus rapide, plus sûre et plus soutenable environnementalement et socialement, voila le grand agenda du développement des trente prochaines années pour les pays pauvres et vulnérables. Il permettra de créer la masse d’emplois absorbant l’immense vague démographique devant nous, qui est tout à la fois un défi et une chance. C’est ainsi que l’on créera les marchés financiers de demain et que les grands investisseurs internationaux se tourneront vers ces pays, encore pauvres, et demain, toujours moins fragiles, si cet agenda réussi.

La société internationale doit gagner en cohérence

Un dernier mot. La société internationale doit gagner en cohérence. Si l’on désire que se connectent les grandes entreprises et les marchés financiers mondiaux avec les pays en développement, la main droite des pays de l’OCDE qui désire les aider doit agir dans le même sens que leur main gauche, qui régit les marchés financiers. Or, nous connaissons une accumulation de règles relatives à lutte anti-blanchiment et antiterroriste, à la gestion des risques bancaires et à l’éthique et l’environnement qui commencent à poser question. Aussi positives et incontestables soient elles dans leur inspiration, elles conduisent en effet à un niveau de risque de conformité qui détourne aujourd’hui trop d’entreprises internationales de premier plan des pays en développement et tout particulièrement des plus pauvres. Il est indispensable de revenir à plus de cohérence et trouver les bonnes modalités et les justes compromis entre le désir d’une part d’assainir et de rendre plus stables les marchés financiers et d’autre part de promouvoir l’investissement dans les zones du monde les plus fragiles.


Cet article est inspiré du document de travail : → Des millions pour des milliards : accélérer l’émergence entrepreneuriale africaine pour une croissance accélérée, durable et riche en emplois. Une publication de Jean-Michel Severino, faisant partie des travaux de la Chaire Architecture Internationale du Financement du développement de la FERDI, et qui plaide pour la nécessité d’accélérer fortement l’implication publique en faveur de l’émergence entrepreneuriale dans les pays pauvres et fragiles.

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Promouvoir les publications africaines pour améliorer le système éducatif et garantir la croissance économique.

D’ici 2050, la population d’Afrique passera de 1,51 milliard de personnes à 2,45 milliards. Cette puissance démographique va propulser l’Afrique au rang d’une grande puissance économique. Le PIB Africain de…

D’ici 2050, la population d’Afrique passera de 1,51 milliard de personnes à 2,45 milliards. Cette puissance démographique va propulser l’Afrique au rang d’une grande puissance économique. Le PIB Africain de 2050, dans les scénarios les plus modestes, étant en valeur absolue le PIB de la Chine aujourd’hui (1). 

Mais cette puissance démographique ne révèlera tout son potentiel que si, durant les trois prochaines décennies, l’éducation est considérée comme une priorité absolue. Sur le moyen et le long terme, l’éducation est le facteur de changement le plus puissant, c’est l’instrument le plus efficace pour lutter contre la pauvreté et les inégalités. Et plus généralement, elle est essentielle à la réalisation de chacun des 17 objectifs de développement durable. 

A titre d’illustration, sur deux cartes, la première indiquant le taux de pauvreté dans le monde (2), le second montrant les taux d’alphabétisation (3) (Premier indicateur du niveau d’éducation d’un pays) on peut observer une forte corrélation entre les deux maps. Les pays ayant les taux d’alphabétisation les moins élevés sont fatalement les moins développés.

Si aujourd’hui les enjeux autours de cette question sont reconnus, et d’ailleurs, des politiques d’accès à l’éducation sont déjà en train d’être appliqués sur le continent, ces efforts doivent aussi être étendus à l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus de transmission des savoirs et des savoir-faire dont l’industrie de l’édition. 

Après les bons enseignants, la meilleure opportunité d’apprendre pour un enfant est d’avoir un bon livre.

 La banque mondiale, à titre d’exemple, admet qu’après les bons enseignants, la meilleure opportunité d’apprendre pour un enfant est d’avoir un bon livre. Je pense que cela définit parfaitement le rôle essentiel des livres.  Tous les livres, et pas seulement les manuels, fournissent les meilleures opportunités d’apprentissage possibles.

Si vous voulez que l’édition influence l’éducation d’un pays, elle doit être également endogène.

Aujourd’hui, le marché des manuels éducatifs, mais plus généralement des livres, est dominé par les produits importés. Le savoir-faire (Know-how) local et africain tend à être éclipsé par les savoirs (Know-what) universels. Mais les deux peuvent et doivent cohabiter.

Dans un monde de plus en plus globalisé, il est important d’acquérir les savoirs universellement reconnus, répondant aux conditions épistémologiques de la science moderne, marqué par le sceau de la rigueur dans la collecte des informations, validé par la multiplication des expériences et débarrassé de toute irrationalité (4). L’acquisition de ces savoirs scientifiques, à vocation universelle et normative est nécessaire, sous peine d’être marginalisé dans la cité globale. 

Mais comme dit plus haut, le savoir-faire local tend à s’effacer justement parce qu’à l’opposé des savoirs universels, il est expérientiel, pragmatique mais progressif et surtout ancré dans une expérience ou un contexte qui lui est particulier. Et d’une certaine manière, c’est dans cette forme d’exclusivité que réside tout le potentiel des savoir-faire locaux. Car ils répondent aux questions africaines d’une manière pragmatiques et sont les réponses les mieux adaptées au contexte dans lequel évoluent les sociétés et les entrepreneurs africains. 

Pour des enjeux patrimoniaux et identitaires mais aussi pour la connaissance dans son ensemble, ce savoir-faire doit-être enseigné et transmis aux générations futures de la même manière que l’on transmet les savoirs scientifiques.


  1.  L’Afrique deviendra une grande puissance économique” – Jean-Michel Severino: https://www.youtube.com/watch?v=A2kwLTXUWn8
  2. https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_sovereign_states_by_percentage_of_population_living_in_poverty 
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_taux_d%27alphab%C3%A9tisation 
  4. https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/justicecognitive1/chapter/la-place-des-savoirs-locaux-endogenes-dans-la-cite-globale-essai-de-justification/  
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