L’Observatoire de la Compétitivité Durable (OCD) classe l’attractivité de Maurice à la première place des pays africains, en 2016, juste derrière la Chine. Le petit archipel de l’océan indien fait mieux que l’Afrique du sud (2ième), mieux également que le Brésil et l’Inde.

Figure 1 : Attractivité en 2016

Source: Observatoire de la Compétitivité Durable (OCD)

Maurice, un champion atypique.

Maurice est l’un des pays les plus densément peuplés au monde avec une population de 1,3 million d’habitants répartis sur un territoire de 2040 km². L’île n’était pas prédestinée à la réalisation de performances économiques. A l’orée de l’indépendance, en 1968, elle était une économie agricole fortement tributaire d’un secteur sucrier vulnérable aux termes de l’échange, à l’économie géographique défavorable de par l’éloignement[1] de ses principaux partenaires commerciaux. Le pays cumulait par ailleurs une croissance démographique forte doublée d’un taux de chômage élevé dans un contexte propice aux tensions ethniques. Ni James Mead, ni Vidiadhar Naipaul, respectivement prix Nobel d’économie (1977) et de littérature (2001) ne prédisaient à l’île à un avenir radieux. Maurice a pourtant connu l’un des développements les plus fulgurants de l’histoire africaine. De1969 à 2013, la croissance annuelle moyenne du PIB a été de 5.3% contre 3.8% pour l’Afrique subsaharienne. Le « miracle mauricien » a permis à l’île de passer de la catégorie de pays à faible revenu à celle de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.

Le miracle mauricien : ce que Mead et Naipaul n’ont pas su voir

Après l’indépendance en 1968, Maurice a obtenu du « protocole sucre » des quotas d’exportations vers l’Union Européenne (UE). L’Accord multifibre a par ailleurs mis en place, en 1974, un environnement institutionnel favorable à l’installation d’investisseurs étrangers dans la filière textile. Subramanian (2001), Frankel (2011) et Stiglitz (2011) soutiennent que les institutions mises en place par le premier ministre Ramgoolam et les responsables chargés de la transition vers l’indépendance ont permis au pays de gérer à bon escient les avantages économiques engendrés par ces deux dispositifs. Ces avantages ont été indéniables puisqu’entre 1977 et 2000, le prix à la tonne garanti par l’UE était en moyenne supérieur de 90% au prix du marché international. Les travaux de Subramanian et Roy (2001) estiment à 5.4% la contribution annuelle moyenne de la rente sucrière au PIB mauricien de la période 1977-2000. A son apogée, la retombée relative à l’accord multifibre a culminé, quant à elle, à 3,5%.

Cette forte croissance économique a été soutenue par des politiques économiques efficaces qui ont permis une transformation structurelle et une diversification de l’économie mauricienne. Maurice est donc passée d’une économie agri­cole basée sur l’exploitation de la canne à sucre à une économie industrielle dotée  d’une zone franche industrielle[2]  ins­pirée du modèle taïwanais.

Vers un second miracle mauricien… ?

Annoncé en 2014, le plan pour un « second miracle » est censé faire de Maurice un pays à haut revenu à l’horizon 2020.  Le défi est de taille. Svirydzenka et Petri (2018) estiment qu’un taux de croissance annuel moyen de 5% sera nécessaire pour l’atteinte de cet objectif en 2021. Or, la fin des préférences commerciales pour les exportations de textiles en 2005 et le démantèlement total du protocole sucre en 2017 contraignent les acteurs locaux à réinventer un modèle économique. L’activité de secteur textile se contracte notamment du fait de l’arbitrage des coûts qui conduit les grands donneurs d’ordre internationaux à se replier là où le prix du travail est le moins onéreux en particulier dans des pays comme le Bangladesh voire l’Ethiopie. Les relais de croissance sont possibles notamment dans le secteur des services. Le tourisme s’est considérablement développé au cours des dernières décennies et progressivement des services à fortes productivités émergent en particulier dans le secteur financier adossé à une mobilisation efficace des nouvelles technologies de l’information. Pour ce faire, les autorités misent principalement sur les technologies – en promouvant un entreprenariat de « smart cities », le tourisme de luxe, l’économie bleue et… les incitations fiscales.

Quelles sont les sources de l’attractivité économique de Maurice ?

L’Observatoire de la compétitive durable de la Ferdi fonde son évaluation sur quatre  rubriques : la gouvernance politique et économique, les infrastructures, le capital humain et financier, et le marché.

Figure 2 : Les sources de l’attractivité en 2016.

Source: Observatoire de la Compétitivité Durable (OCD)

 

Une bonne gouvernance politique et économique

Comme le montre la figure 2, la principale source de l’attractivité de Maurice reste sa bonne gouvernance politique et économique. Sur les 52 pays africains classés en 2016 et soumis au benchmarking des grands émergents (Brésil, Chine, Inde), Maurice est première de classe avec un score de 100, plus du double du score moyen africain (48), devant l’Afrique du sud (78) et la Chine (52). Concrètement, Maurice se distingue par sa gouvernance économique du fait de l’efficacité des pouvoirs publics et de la qualité de la réglementation, deuxième derrière la Chine en matière de facilitation[3] de l’environnement des affaires. Sur un plan plus politique, les choix[4] institutionnels opérés par les autorités de la transition vers l’indépendance ont permis au pays de garder une certaine stabilité politique.  A égalité avec le Botswana en ce qui concerne la stabilité politique, Maurice se classe dans le tiercé des pays respectueux des droits politiques et individuels.

Infrastructures

Avec un score de 84, Maurice est le pays africain le mieux doté en infrastructures. Il surclasse la Chine, mais aussi les pays de l’Afrique du Nord et les Seychelles. Illustration de cette performance favorisée toutefois par la petite taille du pays, la moyenne africaine ne s’établit qu’à 30.  Avec 1196 km de routes par km², le réseau routier est très dense constitué à 98% par des routes bitumées. Les performances portuaires sont quant à elles nettement en retrait, Maurice se trouve dans la moyenne africaine au vu de ses performances logistiques (LPI) et de sa connectivité aux ports internationaux.

En ce qui concerne les télécommunications, l’accès à l’internet et à la téléphonie mobile reste parmi les meilleurs du continent. Sur le plan énergétique, Maurice superforme la moyenne africaine, non seulement en ce qui concerne l’accès au service mais aussi en qualité de la fourniture de l’électricité. Maurice reste toutefois vulnérable aux chocs énergétiques extérieurs, d’autant que 80% de l’énergie est issue des combustibles fossiles. Dans l’optique de réduire cette dépendance et d’amorcer un virage vers une économie à faible impact en carbone, le gouvernement mauricien a lancé, en novembre 2017, un projet visant à augmenter à 35% la part de l’énergie renouvelable du mix énergétique d’ici 2025, réduisant ainsi la production de dioxyde de carbone de 4,3 millions de tonnes.

Le marché

Les performances mauriciennes sont beaucoup plus en retrait en ce qui concerne la rubrique relative au Marché. Maurice obtient un score de 63 sur 100 et occupe la 10ième place en Afrique. Le positionnement géographique du pays reste un handicap. Du fait de son éloignement, le marché régional de Maurice est très limité et faiblement dynamique. Sur la période 2011-2015, on enregistre un taux de croissance annuel moyen régional de 2.5% quand la moyenne africaine atteint 4%. Sur le plan national, le taux de croissance annuel moyen sur la période 2011-2015 est en cohérence avec les standards africains.

Avec un PIB par habitant en 2016 de 9 822 dollars, 92% de la population vit au-dessus d’1,25 dollar par jour et par habitant, seuil de pauvreté des Nations Unies, Maurice a une classe moyenne qui constitue un marché intérieur non négligeable. En matière d’attractivité pour les investissements directs étrangers (IDE), Maurice se classe cinquième avec stock d’IDE par habitant estimé à 3 605 dollars US. L’île fait mieux que la moyenne africaine (1 900 dollars), loin toutefois des 30 000 dollars par habitant des Seychelles…

Un capital humain et financier

L’attractivité de Maurice tient aussi à son capital humain et financier. Forte d’un score de 93 sur 100, l’île occupe la deuxième place continentale, derrière l’Afrique du Sud, et se situe largement au-dessus de la moyenne africaine (47). Avec des taux d’alphabétisation et de scolarisation brute de population à plus de 95%, Maurice dispose d’un système éducatif performant. La mise en place, en 2005, d’un enseignement obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans à largement favorisé l’accès à l’enseignement secondaire et permis d’équiper en infrastructures modernes les écoles. On recense 19 élèves en moyenne par classe à l’école primaire contre 41 élève en moyenne dans les pays africains.

Figure 3: Capital humain et financier en 2016. Source: Observatoire de la Compétitivité Durable (OCD).

Observatoire de la Compétitivité Durable (OCD).

 

Au plan financier, la bourse Mauricienne (Stock Exchange of Mauritius) est la seconde place boursière africaine, derrière celle de l’Afrique du sud, avec une capitalisation boursière qui atteint 62% du PIB. Le système bancaire mauricien quant à lui est le plus pro-business d’Afrique. En 2016, ce dernier a octroyé au secteur privé des crédits à hauteur de 97% du PIB. Le Doing business 2017 classe Maurice 4ème pays africain en matière des procédures d’obtention de prêts bancaires.

En résumé, l’évaluation des sources de la performance mauricienne à l’aune de l’OCD révèle qu’en dépit d’une économie géographique défavorable, l’île dispose d’une bonne gouvernance et de nombreux atouts (infrastructures, capital humain et financier) pour devenir un pays à haut revenu à l’horizon 2020. Pour ce faire, les autorités mauriciennes misent sur des secteurs à hautes technicités et fortes valeurs ajoutées (biotechnologie, « smart cities », tourisme de luxe) pour maintenir la dynamique de croissance à moyen et long terme.

 

[1] 11249 kilomètres séparent Maurice de ses principaux partenaires commerciaux contre 8633 kilomètres en moyenne pour les pays en développement cf. Subramanian et al. (2001)
[2] La zone franche, aujourd’hui offshore regorge majoritairement des sous-traitants et des entreprises exportant des services financiers plutôt que des biens.
[3] Cf. Doing Business
[4] Séparation entre le pouvoir économique et politique, mise en place d’un système parlementaire adapté à la diversité ethnique et la décision de ne pas avoir d’armée permanente afin de limiter les coups d’État militaires.

 

Références

Frankel, J. (2009) « Mauritius. African Success Story », présentation effectuée lors de la conférence du 11-12 décembre 2009 dans le cadre du projet du NBER sur les succès

Piot, O. (2018) L’île Maurice en quête d’un second « miracle », MONDE Afrique, mai 2018.

Meade, J.E. et al. (1961) The Economics and Social Structure of Mauritius. Report to the Government of Mauritius, Londres, Methuen.

Naipaul, V.S. (1972) The Overcrowded Barracoon, New York, Random House Inc.

Ndikumana, L., Ondiege, P., Plane, P., Vencatachellum, D. (2009) Enhancing Competitiveness in Four African Economies. The Case of Botswana, Mauritius, Namibia and Tunisia, Forum économique mondial, Banque mondiale et Banque africaine de développement, Africa Competitiveness Report 2009, Genève, Forum économique mondial.

Silve, A. (2012) Botswana and Mauritius: Two African Success Stories. Afrique contemporaine, vol. 2, p. 29-45.

Subramanian, A. (2009) The Mauritian Success Story and its Lessons, Research Paper n° 2009/36, UNU-WIDER, juin.

Svirydzenka, K., Petri, M. (2017) Mauritius: The Drivers of Growth–Can the Past Be Extended? Journal of Banking and Financial Economics, vol. 2 (8).